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Le bilan carcéral catastrophique et inhumain de Macron :

69 430 détenu·es au 1er mars 2017 / 89 668 détenu·es au 1er août 2026

Clip hommage pour Alassane : SYAMKA – Les enfants des lumières

Les prisons françaises comptaient 89 668 détenu·es au 1er août 2026 selon les statistiques officielles du ministère de la justice. Compte tenu du nombre de places opérationnelles au 1er août 2026 de 63 303, le taux de suroccupation globale s’élève à 141,6 %.

C’est ainsi plus de 20 000 détenu·es supplémentaires en 10 ans sous l’ère Macron, un niveau historique.

Des milliers de prisonnières et de prisonniers subissent ainsi des conditions de détention indignes dans des locaux vétustes, dormant sur des matelas, exposé·es aux nuisibles, au froid, aux canicules, dans un climat de racisme et de violence permanente. Environ 90 000 personnes sortent chaque année de cet enfer avec toutes les conséquences pour leur santé physique et mentale, dans une société qui les stigmatise. C’est donc un modèle à bout de souffle qui broie des milliers de femmes et d’hommes.

Un manifeste pour la reconnaissance des droits des proches de personnes détenues sur le site de l’Observatoire international des prisons (OIP) rappelle aussi que plus de 500 000 parents, conjoint·es, enfants, ami·es sont touché·es par la détention car la prison ne s’arrête pas à ses murs. C’est en définitive toute notre société qui est touchée par cette violence carcérale intolérable.

La contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, Dominique Simonnot, dénonce régulièrement les effets désastreux, l’indignité de cette surpopulation carcérale. Face à ce constat, Macron et ses gouvernements n’ont fait que renforcer la politique carcérale car il va de soi que, pour imposer une politique inégalitaire toujours plus injuste, il faut une répression toujours plus forte pour maintenir la population sous l’ordre économique capitaliste. C’est bien la violence de ce néolibéralisme autoritaire qui ouvre la voie à l’extrême droite en France.

La prison, c’est aussi des pénuries structurelles de conseillers d’insertion et de probation, de formateurs, de psychologues, de psychiatres, de soignants et de médecins pour assurer un suivi minimum des détenu·es. L’immense majorité des détenu·es souffrent d’addiction et les troubles psychiatriques sont quatre à dix fois supérieurs en prison que dans la population générale.

Dans le Val-de-Marne, la prison de Fresnes est le symbole de cette violence étatique. Au Journal officiel du 2 juillet 2026 et en application de la procédure d’urgence, la Contrôleure générale a publié des recommandations relatives à la maison d’arrêt des hommes du centre pénitentiaire de Fresnes. Elle dénonce les points suivants en demandant qu’aucune nouvelle incarcération n’intervienne dans l’attente d’un programme de rénovation et de reconstruction :

  1. L’enfermement se déroule dans des locaux insalubres, non entretenus et déshumanisés
  2. Les détenus passent l’essentiel de leur temps dans des cellules indignes
  3. La santé des détenus et des surveillants est compromise
  4. Les mesures de sécurité, disproportionnées et inefficaces, sont attentatoires à la dignité

Pire, le 28 février 2024, Wafik Haouaneb, 25 ans, est retrouvé pendu dans sa cellule de la maison d’arrêt de Fresnes. Plusieurs détenus affirment qu’il a été frappé par des surveillants peu avant sa mort. Cinq agents pénitentiaires seront jugés pour leur rôle cette nuit-là. Le procès doit se tenir d’ici la fin de l’année.

Autre mort suspecte. Félix L. était détenu à la prison de Fresnes depuis le 31 mars 2026. Il est retrouvé sans vie dans sa cellule le 3 mai 2026. Sa famille a eu d’importantes difficultés pour accéder aux résultats d’autopsie. Ses proches réfutent la thèse du suicide avancée par la direction de l’établissement. Incarcéré en détention provisoire, le trentenaire venait de devenir père d’un enfant né début avril et adressait à sa famille, depuis son lieu de détention, des lettres pleines d’espoir…

À Créteil, nous soutenons la lutte de la famille Sangare qui se bat pour obtenir justice et vérité pour Alassane, jeune homme qui a grandi à Créteil, mort le 24 novembre 2022 à la prison de Fleury-Mérogis, après seulement quelques jours de détention. Alassane Sangaré avait 36 ans, il était marié et père de trois enfants.

Selon le décompte non exhaustif du collectif « Les mort.es de la prison », 136 personnes seraient mortes dans les prisons françaises en 2025. En France, aucune donnée officielle n’existe sur le nombre de décès en détention.

De fait, les familles font face à un État qui couvre les violences policières et carcérales, commises notamment par les gardiens de prison, comme le dénonce régulièrement la Contrôleure générale des lieux de privation de liberté. À titre d’exemple, du 4 au 7 mai 2026, la Contrôleure générale et six contrôleurs ont réalisé une visite de la prison d’Alençon-Condé-sur-Sarthe. Les constats effectués à l’occasion de cette visite et les témoignages reçus – tant de détenus que de professionnels et intervenants – révèlent une nouvelle fois des violences commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire (fouilles humiliantes ou brutales, usage disproportionné de la force, immobilisations par « pliage », privations arbitraires de vêtements ou de produits d’hygiène, chantage à la nourriture ou encore des réveils volontaires en pleine nuit, menaces, propos raciste et glorifiant le nazisme). Un juge des référés a ordonné à Gérald Darmanin de mettre fin aux violences et humiliations sur les détenus. Le 3 septembre 2026, le Conseil d’État a confirmé l’injonction obtenue en référé-liberté par l’Observatoire international des prisons (OIP-SF) concernant le respect des droits des personnes.

Au-delà de cette situation d’urgence absolue dans nos prisons comme celles de Fresnes et de Fleury-Mérogis, il convient d’ouvrir sérieusement le débat sur l’obsolescence du modèle carcéral et de la politique pénale qui remplit les prisons.

Angela Davis nous donne des clefs pour penser une société sans emprisonnement dans sa synthèse ABOLITION publiée en 2025 Au diable Vauvert. Elle y dénonce en particulier le racisme du système carcéral. À celles et ceux qui souhaitent améliorer les conditions de détention ou construire de nouvelles prisons, elle note qu’ils rejouent « un drame vieux de deux cents ans, et sur lequel Foucault a attiré notre attention : celui qui consiste à proposer la prison comme solution unique aux problèmes qu’elle n’a jamais su résoudre – et qu’elle a même régulièrement exacerbés. Des prisons meilleures et plus grandes ont toujours produits davantage de crises, auxquelles les solutions sont toujours des prisons encore meilleures, qui à leur tour produisent encore plus de crises ».

Créteil Citoyenne, le 7 septembre 2026

Pour prolonger la réflexion :

Les fausses promesses de Macron lors de sa visite de la prison de Fresnes en 2018 : Visite de la prison de Fresnes | Emmanuel Macron

L’enquête de BLAST suite à la mort de Wafik Haouaneb : Des surveillants de la prison de Fresnes seront jugés pour leur responsabilité dans la mort d’un détenu | Blast le souffle de l’info, site d’information français d’actualités et d’investigations indépendant

Article de Libération sur la mort de Félix L. : Prisons | PDF | Suicide

Site de l’OIP : Observatoire International des Prisons – Section française (OIP-SF)

Rapport de Human Rights Watch : France : Des soins de santé mentale inadaptés dans les prisons | Human Rights Watch

PODCAST de la Lucarne d’Ariane qui gère le Studio Orphée. Celui-ci est un studio d’enregistrement professionnel implanté au sein du centre pénitentiaire de Fresnes. Il est également une structure d’insertion et d’accompagnement à la sortie, qui permet à des personnes détenues de se former aux métiers de l’audio et de développer des compétences professionnelles : Entretien avec Dominique Simonnot – CONDITIONS DE DÉTENTION EN FRANCE – épisode 1

PODCAST contrôleur générale des lieux de privation de liberté : Les Enfermé·es – Podcast – CGLPL