Alors que le gouvernement menace plus que jamais le droit historique du 1er mai, jour férié et chômé, nous publions pour rappeler l’origine de cette journée, un extrait du livre d’Olivier Besancenot et Michael Löwy, Affinités révolutionnaires récemment republié et disponible dans toutes les bonnes librairies. Nous vous invitons à signer la pétition « Non au passage en force sur le 1er mai ! » et rejoindre les cortèges syndicaux du 1er mai…
Sur l’histoire du 1er mai, vous pouvez regarder aussi « Le 1er mai | Quand l’histoire fait dates » sur ARTE.
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Chigago 1886. Comme on le sait – ou plutôt, comme devrait-on le savoir, l’oubli étant entretenu par le conformisme -, l’histoire du 1er mai commence à Chicago, en 1886. Les syndicats nord-américains avaient appelé à une grève générale pour imposer la journée de huit heures – les ouvriers étaient obligés à cette époque de travailler dix, douze ou quatorze heures par jour. Initiée le 1er mai 1886, la grève s’étend et s’intensifie les jours suivants. Le 3 mai devant les usines McCormick, la police tire sur la foule, tuant quatre ouvriers ; le lendemain, la gauche syndicale – surtout anarcho-syndcialiste – appelle à un meeting de protestation, place du Haymarket, l’ancien marché aux foins de Chicago. Lorsque la police intime aux manifestants l’ordre de se disperser, quelqu’un – on n’a jamais su qui était celui qui avait commis cet acte – lance une bombe sur les policiers, en tuant huit et en blessant soixante. En riposte, la police tire sur la foule, faisant un nombre inconnu de morts et deux cents blessés.
Incapables de trouver le coupable, les autorités arrêtent les huit principaux dirigeants du syndicalisme révolutionnaire de la ville, qui ont organisé le meeting, et les soumettent à une parodie de justice. Condamnés pour leurs idées, leurs tracts et leurs appels révolutionnaires à la lutte, ces militants écopent, pour la plupart de la peine de mort.
L’un d’entre eux, Louis Lingg, se suicide avec un bâtonnet de dynamite ; les quatre autres, August Spies, Albert Parsons, Adolph Fischer et George Engel sont pendus le 11 novembre 1887.Sur l’échafaud, la corde au cou, Spies prononce ses dernières paroles, qui seront gravés en lettres de bronze sur le monument aux Martyrs de Chicago : « Le temps viendra quand notre silence sera plus puissant que les voix que vous étranglez maintenant ».

Quelques années plus tard, en 1893,un nouveau gouverneur de l’État de l’Illinois, John P. Altgeld, réhabilité les militants assassinés, reconnaissant que la plupart des « preuves » apportées par l’accusation pendant le procès étaient « une pure falsification ».
[…] La IIe Internationale fera du 1er mai, lors de son deuxième congrès à Paris en 1889, une date commémorant mondialement la lutte pour la réduction de la journée de travail à huit heures.