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Clémence Guetté ou l’impasse bureaucratique de LFI

Nous savons désormais que les investitures au sein du mouvement LFI sont le moment des règlements de compte. Les militant·e.s historiques de Créteil sont ainsi écarté.e.s de la direction de la campagne LFI des municipales 2026 car ils ont contesté il y a quatre ans le parachutage de Clémence Guetté et n’ont eu de cesse depuis lors de défendre une voie plus démocratique pour le mouvement. Les mêmes phénomènes de mise à l’écart et d’exclusion se sont opérés notamment à Choisy-le-Roi. La responsabilité de la députée de la deuxième circonscription du Val-de-Marne est clairement établie.

C’est donc près de 15 ans de militantisme pour soutenir Jean-Luc Mélenchon et construire LFI à Créteil mis à la poubelle et un gâchis humain énorme. Mais nous ne nous attarderons pas sur les aspects personnels pour nous concentrer sur le bilan politique à Créteil des quatre dernières années.

En effet, nous considérons à ce stade que LFI reste le principal outil à gauche pour combattre l’extrême droite et proposer une alternative de rupture au monde de malheur de Macron. Même si notre expérience politique reste locale, il nous semble crucial de tirer les leçons des rapports entretenus avec l’une des principales responsables du mouvement, bras droit de Jean-Luc Mélenchon et candidate potentielle à sa succession.

Cet énième épisode des divisions internes de LFI est pour nous le signe qu’au sein du mouvement insoumis s’affrontent toujours, à tous les niveaux, des tendances bureaucratiques et des tendances démocratiques pour construire le mouvement dans la durée et à une échelle de masse. Dans notre mouvement, ce sont les insoumis.e.s qui devraient décider de son avenir.

De notre point de vue et dans ce cadre, Clémence Guetté s’illustre tout particulièrement par ses méthodes et sa pratique politique, comme l’une des bureaucrates en cheffe. Or, nous pensons que seul.e.s les dirigeant.e.s de LFI en mesure de prendre en compte la force démocratique du mouvement seront susceptibles d’atteindre les objectifs de LFI, un changement de société par le renouvellement de la politique, un programme de rupture et l’implication de toutes et tous.

Pour nous, la force du mouvement est faite de la conscience de chacun et surtout pas de la docilité des militant.e.s aux desiderata des chef.fe.s du moment. Nous ne voulons pas de personnes de pouvoir au dessus de nous mais des militant.e.s responsables à nos côtés.

Retour sur un parachutage imposé

Fin 2021, Clémence Guetté, après un début de carrière dans l’appareil politique LFI suite à des études notamment à Science Po, cherche à s’implanter politiquement après un échec aux élections régionales dans la région Aquitaine. Elle est alors en concurrence féroce avec David Guiraud qui lorgne également sur la circonscription qui selon les sondages est acquise à notre mouvement. Lors d’une rencontre à l’Assemblée nationale sous l’égide de Mathilde Panot, il est proposé à Thomas Dessalles, tête de liste LFI aux municipales 2020 à Créteil, d’être le suppléant sur la circonscription n° 2 du Val-de-Marne réunissant les villes de Créteil, Orly, Choisy-le-Roi.

Les insoumis.e.s de Créteil se réunissent et décident de refuser cette proposition car ils n’acceptent pas la méthode du parachutage alors qu’une implantation s’est construite progressivement, depuis la création du mouvement en 2016, de l’excellent résultat aux législatives de 2017 où nous passons devant le PS, et suite aux élections municipales de 2020. Le travail programmatique de Clémence Guetté était certes reconnu par toutes et tous mais son parachutage apparaissait comme une reproduction des réflexes des vieux partis de la Vème République qui entretiennent une classe politique professionnelle.

Après une première assemblée générale de circonscription qui montrait les fortes réticences pour une telle opération, le comité électoral au service de la direction nationale décida d’accélérer la procédure. Sans aucune autre discussion collective, ils imposent Clémence Guetté comme candidate pour les législatives. Un insoumis de Choisy-le-Roi est désigné alors comme son suppléant car il ne voit rien à redire à ces méthodes et trouve son profit politique à accepter ce parachutage.

De nombreus.e.s insoumis.e.s de Créteil, d’Orly et de Choisy s’éloignent alors du mouvement face à cette première brutalité politique qui méprise toute délibération collective sérieuse.

Lors des présidentielles de 2022 et avant même que Clémence Guetté ne mette un pied à Créteil, le travail militant réalisé depuis de nombreuses années permet de constaterla progression la plus importante au sein du département du Val-de-Marne. Ainsi, Créteil apparaît comme la ville où la progression est la plus forte en voix et en pourcentage dans les 26 villes où Jean-Luc Mélenchon est arrivé en tête pour l’élection présidentielle de 2022. C’est sur cette dynamique populaire et militante que Clémence Guetté arrive et se fait élire sans problème.

Le désintérêt d’une élue pour la vie politique locale

En responsabilité, les militant.e.s de base ont tendu immédiatement la main à Clémence Guetté suite à son élection pour tourner la page de ce coup de force et engager un travail en complémentarité, dans l’intérêt du mouvement LFI et de l’alternative politique que nous portons. Une assemblée générale est organisée avec les militant.e.s pour tenter de tirer les bilans de la séquence électorale qui a profondément divisé. Ce sera la première et la dernière réunion collective interne avec tous les insoumis.e.s de Créteil, où Clémence Guetté accepte d’être présente.

Jamais la députée qui défend pourtant la VIème République ne rendra compte par la suite de son mandat devant les militant.e.s de notre ville. Il sera impossible d’établir un plan de travail commun pour renforcer le mouvement et pour soutenir les luttes nombreuses sur la ville. Elle construira méthodiquement sa mise à distance de toute discussion collective au niveau local, malgré les multiples demandes d’échange. L’agenda des actions hebdomadaires des insoumis.e.s de Créteil est pourtant partagé mais ce n’est jamais la priorité, à part quelques sursauts au moment des élections.

Les batailles nationales absorbent tout l’agenda de la députée et la présence sur la circonscription est particulièrement rare. Quasiment aucun soutien aux sans-papiers qui se réunissent toutes les semaines devant la Préfecture, pas d’engagement contre l’extension de l’incinérateur de Créteil qui brûlera 120 000 tonnes de déchets en plus, une présence a minima au côté des personnels hospitaliers, rien sur la Palestine au niveau local alors que de nombreuses initiatives sont organisées… Des actrices et acteurs associatifs de quartier ou pour la défense du Lac se plaignent car ils n’ont jamais aucun retour ou suivi de leurs dossiers et la bataille pour l’encadrement des loyers à Créteil ne trouve aucun relais… En comparaison, Mathilde Panot qui était la seule députée du Val-de-Marne entre 2017 et 2022 a été présente de manière régulière à Créteil, avec un soutien parfois décisif dans les luttes locales, tout en assurant la représentation du mouvement au niveau national. Elle a été aussi en mesure d’entendre notamment lors d’une réunion départementale à Créteil, la nécessité de mettre en place un niveau de discussion départemental qui se concrétisera avec la mise en place des boucles départementales.

Une observation du site de Clémence Guetté permet de voir une absence quasi totale de visibilité de la circonscription ou de ses acteurs, militant.e.s associatifs et de quartier. La ville de Créteil regorge pourtant de ces forces citoyennes, syndicales et associatives. L’articulation n’est absolument pas faite entre les combats nationaux et les problèmes des habitant.e.s de sa circonscription. Toutefois, suite à notre soutien à la famille Sangaré, le colloque organisé à l’Assemblée nationale sur les violences carcérales était une initiative importante. Mais tellement isolée et à ce jour sans lendemain.

En trois ans depuis 2022, en dehors des périodes électorales, Clémence Guetté n’a participé qu’à deux réunions publiques à Créteil, une organisée en lien avec nous en 2023 dans un cadre unitaire NUPES et une en 2024 avec Jean-Luc Mélenchon à l’UPEC, sans d’ailleurs nous associer à l’organisation. Ces initiatives furent des succès notamment grâce à la forte mobilisation des militant.e.s cristolien.ne.s.

Pire, lorsque nous contactons d’autres responsables nationaux pour animer des réunions publiques locales, tout est fait pour saboter les initiatives en prétextant par exemple des problèmes d’agenda de Clémence Guetté, sans proposition de rechange. Alors que nous proposons des initiatives avec l’Institut la Boétie et l’UPEC, université implantée à Créteil, aucun retour ! Créteil est toujours la dernière roue du carrosse pour une députée aux abonnés absents.

Pourtant, aux élections européennes où nous avons mené une campagne intensive pour la liste de Manon Aubry, qui nous en a chaleureusement remerciés,nous avons plus que quadruplé notre score à Créteil en passant de 1751 voix en 2019 à 7023. Avec 30, 16 %, nous sommes à nouveau la première force politique de la ville alors que le PS atteint seulement 13,45 %.

Nous progressons aussi avec le NFP aux législatives de 2024 sur les circonscriptions 1 et 2 qui découpent Créteil. Cette dynamique unitaire permet l’élection au premier tour de Clémence Guetté. À cette occasion, en l’absence de toute activité politique visible de son suppléant depuis 2022, nous avions proposé que la personne désignée soit en capacité de remplacer la députée sur le terrain et de mener un travail politique dans la circonscription avec les groupes d’action pour défendre notre programme et être au côté des luttes. Il est proposé un camarade avec le soutien de la majorité des militant.e.s de la circonscription, présent.e.s à la réunion, mais fin de non recevoir, sans autre explication.

In fine, aucune initiative pour remercier les militant.e.s de Créteil dans leur ville. Ceux-ci ont réalisé sa campagne dans un contexte oppressant de menace de l’extrême droite au niveau national. La députée visait alors la place de première ministre, les militant.e.s pouvaient donc toujours attendre.

La bureaucratie, une école de la lâcheté politique

Pour mener les basses œuvres bureaucratiques, un comité électoral, composé de personnes souvent rémunérées par le mouvement ou les élu.e.s, permet à ceux-ci d’éviter de se salir les mains pour mettre en œuvre les décisions autoritaires et illégitimes qu’ils ont décidées.

Nous avions d’ailleurs proposé dans le cadre d’une assemblée représentative fin 2024 de réformer cette instance. Le comité électoral joue un rôle primordial de validation des candidatures insoumises. Nous ne contestons évidemment pas en soi son existence pour assurer le respect des orientations nationales. C’est son fonctionnement particulièrement opaque et sa composition qui sont très problématiques.

Afin de démocratiser le processus d’investiture au sein du mouvement, nous proposions la mise en place de comités électoraux régionaux avec des binômes paritaires pour chaque département élus par les membres des coordinations départementales qui regroupent les responsables des groupes d’action. Ces comités régionaux auraient désigné un binôme paritaire pour le comité électoral national. Nous demandions aussi que le Comité de Vigilance contre les Violences Sexistes et Sexuelles soit invité au comité électoral national pour donner son avis sur toutes les investitures envisagées. Enfin, il nous paraissait essentiel que le comité électoral rende des comptes systématiques devant l’assemblée représentative du mouvement, elle aussi profondément renouvelée avec des représentant.e.s désigné.e.s par les boucles départementales.

De plus, pour verrouiller le système, les assemblées locales ne peuvent prendre aucune décision en l’absence de consensus. De ce fait, il suffit qu’une très petite minorité, le cas échéant pilotée par le national, conteste les orientations majoritaires pour que le comité électoral reprenne la main et impose ses décisions aux militant.e.s locaux. C’est ce qui s’est passé en juin lors de notre assemblée municipale, démontrant que ces réunions ne servent à rien.

En l’absence de contrôle démocratique, le comité électoral est à la merci de toutes les manœuvres politiciennes.

Autre exemple, lors des élections européennes de 2024, Thomas Dessalles a été le seul candidat à faire l’unanimité au sein de la boucle départementale du Val-de-Marne pour faire partie de la liste des européennes avec Manon Aubry. Sa candidature a été écartée sans aucune explication pour placer un assistant parlementaire, habitant du Val-de-Marne, inconnu des militant.e.s du département, un camarade très sympathique contre qui nous n’avions rien, mais qui a aussitôt disparu suite aux élections.

C’est aussi particulièrement alarmant pour les élections municipales car pour assurer les règlements de compte de certain.e.s, le comité électoral est prêt à mettre en avant peu importe qui du moment qu’il soit soumis au pouvoir de la direction. C’est très inquiétant pour les villes de Créteil et de Choisy-le-Roi où les responsables politiques désignés, qui se soutiennent entre eux, n’ont produit aucune expression publique, avec un sens politique structuré, sur aucun sujet de fond. Pas d’argumentation, pas d’opinion, c’est la marque des opportunistes qui peuvent ainsi s’adapter à toutes les circonstances. À Créteil, jamais le candidat n’a milité avec nous sur le terrain, il est un inconnu pour les militant.e.s.

Quel mépris pour notre banlieue et l’engagement politique local qui est nécessaire pour appuyer les mobilisations populaires et redonner le goût de la politique à toutes et tous. Le Val-de-Marne est une terre de lutte historique et mérite des représentant.e.s à la hauteur, il n’en manque pas.

À court d’argument politique, lors d’une visio traitant des municipales 2026 à Créteil, le responsable du comité électoral pour l’Île-de-France a même prétendu faire de la place à un candidat racisé né à Créteil pour écarter une candidate racisée qui avait le malheur d’être née à Bamako et d’être une femme. L’instrumentalisation du combat antiraciste est déjà une honte pour régler ses comptes politiques mais la recette nauséabonde n’avait aucune prise à Créteil. Elle a conduit de fait à prendre une décision sexiste à l’encontre de notre camarade, responsable associative de premier plan à Créteil et syndicaliste.

À Créteil, une alternative politique solide est ainsi sacrifiée alors qu’il est nécessaire d’avoir des positions claires face à un maire PS proche de Hollande, présent depuis bientôt 50 ans et fort de son réseau clientéliste. Les liens de confiance avec les associations et les syndicats de Créteil seront ainsi brisés avec la mise en avant d’un aventurisme sans lendemain et ouvrant la perspective aux magouilles politiciennes indignes du mouvement LFI. Nous avons déjà des retours en ce sens depuis plusieurs mois et le comité électoral en avait une parfaite connaissance.

Enfin, notre énorme travail réalisé met haut LFI dans le sondage pour les municipales. Depuis 49 ans, jamais une gauche de rupture n’avait atteint ce niveau. De manière plus générale, nous constatons que la hausse des permanents dans l’organisation se fait au détriment des forces réelles du mouvement. Sans contrôle démocratique et entièrement aux ordres, certains permanents développent un carriérisme politique déconnecté du soutien à l’activité militante et au véritable développement du mouvement à la base. Cette organisation génère ainsi des profils très éloignés de toute forme d’engagement véritable dans la lutte.

Une déconnexion incompatible avec la mise en œuvre de la révolution citoyenne,

vite la VIème République !

Le système politique de la Vème République explique en grande partie les graves dérives bureaucratiques que nous avons constatées à Créteil et sur notre circonscription. De nombreuses autres villes sont concernées dans le pays. Si cette pente politique venait à s’imposer avec des responsables politiques telle que Clémence Guetté, elle se fera nécessairement aux dépens du programme de rupture politique que nous défendons. En effet, si les méthodes utilisées ont une certaine forme d’efficacité politique, elles vont à l’encontre de notre projet révolutionnaire et émancipateur. C’est bien le risque de la trahison que nous pointons dès l’arrivée au pouvoir d’un personnel politique de cette nature.

Comment espérer que des élu.e.s LFI sur lesquel.le.s nous n’aurions aucune prise, respectent une fois au pouvoir les revendications populaires, écologiques, féministes, antiracistes et démocratiques du programme l’Avenir en commun ?

Pour nous, le mouvement insoumis doit appartenir à tous les insoumis.e.s et aucune direction ne pourra durablement verrouiller sa vie militante et démocratique, sous peine de dégénérescence bureaucratique totale. Cette déconnexion conduit à une dépolitisation car elle éloigne toujours plus les citoyen.ne.s de la décision politique.

À terme, c’est bien l’enjeu de la transformation sociale et écologique qui est en cause. Un mouvement sclérosé ne sera jamais en capacité de mettre en œuvre cette ambition à l’échelle du pays.

C’est pourquoi nous soutenons l’idée, prônée par LFI, qu’une nouvelle constitution de la VIème République ne soit pas élaborée par des professionnels de la politique qui profitent largement des petits privilèges de la Vème République, au prix d’un éloignement toujours plus grand de leurs électrices et électeurs.

Nous pouvons sortir de l’impasse de la Vème République à bout de souffle et de son personnel politique obsolète, en mettant en place une VIème République au service des revendications populaires. Cette VIème République devra s’ancrer dans les entreprises et dans nos communes pour faire émerger, sur la base du pouvoir des travailleur.euse.s et des citoyen.ne.s, la société écosocialiste que nous appelons de nos vœux.

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Si l’on ne tient pas compte des choix des militant.e.s en interne, cela signifie que l’on veut faire leur « bonheur » à leur place, et qu’il en sera de même pour l’ensemble des citoyen.ne.s et habitant.e.s du pays. Cette solution est sans avenir. Le peuple mérite des responsables politiques qui ne s’accaparent pas le pouvoir. Pas de changement sans intervention populaire à tous les niveaux !

Nous sommes les insoumis.e.s de la première heure à Créteil avec celles et ceux qui nous ont rejoints dans l’action pour défendre un programme de rupture et les luttes locales. Toutes et tous ensemble, nous réaffirmons notre insoumission.

Créteil, le 12 janvier 2026

D’après la couverture de « Les Partis politiques »
de Robert Michels par © Carol Maloney
(Gallimard, Folio, 2015)